En matière de jeux vidéo, pour lutter face au poids de la presse papier, la presse online a rapidement compris qu’il fallait qu’elle se serve de l’ensemble de ses atouts. Un modèle économique différent tout d’abord, celui du gratuit, mais également une ligne éditoriale qui devait s’appuyer sur l’une des principales forces du format web, sa réactivité, tout en s’axant sur l’image que les pages d’un magazine peinent à mettre correctement en avant. Quant à la vidéo, il va de soi qu’elle est l’exclusivité (ou presque) de la presse online qui a récemment compris qu’il s’agissait – là encore – de l’une de ses forces. Et si «
faire du papier » (j’entends par cette expression imprimer, distribuer et inévitablement jeter) possède bien des inconvénients et notamment le coût de cette manœuvre, le format web ne semble définitivement proposer que des avantages : aucune limitation du contenant et impression (sur écran) à la demande du contenu.
Pourtant se dresse rapidement une barrière, et non des moindres : trouver les revenus nécessaires à la rémunération de la force d’écriture, ces scribes qui remplissent à longueur de journées des pages d’actualités hautement périssables (la durée de vie d’un article sur internet étant d’un maximum de 72 heures selon certains spécialistes). Des rédacteurs permanents parfois, des pigistes souvent, puisqu’il faut bien minimiser le coût de revient du mot, de l’écrit, tant que les annonceurs publicitaires ne se décideront pas à rémunérer convenablement le format web. Là est bien le dilemme car même les énormes machines qui génèrent chaque jour des millions de pages vues (et autant d’espaces publicitaires affichés) ne semblent pas réussir à rendre viable leur modèle économique basé sur la publicité.
Derrière chaque site de jeux vidéo, même les plus gros, se cache donc un grand groupe qui décide d’investir - à perte la plupart du temps - pour se positionner sur le marché de la presse jeu vidéo online afin d’être là le jour où les budgets publicitaires de la presse papier auront été davantage redistribués par les annonceurs vers l’internet. J’en prendrai pour seuls témoignages les rachats de jeuxvideo.com par Hi-Media, celui – très récent – de gamekult.com par les américains CNet ou encore celui de jeuxvideo.fr par Cyréalis. Pour ne rien cacher, le quotidien de Gamebe serait également plus fade sans le soutien de ComparHaut. Et puisque la publicité sur internet rémunère peu, il faut de fait en passer beaucoup, le plus possible.
Comment faire ? Je dois dire que les trois confrères suscités ont semble-t-il trouvé la formule idéale. Non pas que je veuille leur offrir un cour d’ergonomie puisque la '
navigabilité' de leurs sites est évidemment savamment étudiée pour faire passer l’internaute le plus possible par la page d’accueil du site par exemple, mais bien que leur politique rédactionnelle est directement touchée – et c’est un choix de leur part évidemment – par ces impératifs. Car pour afficher le maximum de pages, il faut évidemment en créer le maximum avec les moyens dont on dispose. Pour y arriver – et sous couvert d’une ligne éditoriale qui se veut la plus exhaustive possible – on voit donc régulièrement des fils d’actualités monstrueux orner les pages d’accueil de ces sites. Si bien que pour certains d’entre eux, la liste complète du nombre d’actualités rédigées en une journée ne peut être intégralement affichée sur leur page d’accueil. Mais que peuvent-ils donc passer comme informations pour écrire autant ?
C’est évidemment là où je veux en venir (excusez cette longue introduction). Ces fils d’actualités nous ont donc habitués à proposer d’innombrables «
news à screenshots » (chaque nouvelle image de jeu semblant mériter publication immédiate), ce qui a tout l’air d’être une spécificité française, les sites d’information anglo-saxons n’étant que très peu rentrés dans cette danse sans fin menée par les éditeurs qui consiste à annoncer un jeu le lundi, puis publier des images le mardi, une vidéo le mercredi et ainsi de suite. Autant de «
nouvelles informations » qui sont donc à l’origine d’autant de «
nouvelles actualités ». Bref, les éditeurs font parler de leurs titres en rendant service à la presse online qui a besoin d’afficher toujours plus de pages, nous nous étions plus ou moins habitués à cette mascarade de l’information.
Mais ce qui m’a poussé à prendre ma plume rebelle aujourd’hui, c’est qu’en plus des images, des vidéos et des rumeurs, un nouveau genre d’actualités est actuellement à la mode sur le web, l’info 100% inutile. Celle qui vise à se demander dans une brève si la démo de tel ou tel jeu sortira – oui ou non – dans les mois à venir en est l’un des meilleurs exemples. «
Y aura-t-il une démo jouable du prochain Need for Speed ? », «
Il y en aura une ! », «
Elle sera dispo le mois prochain », «
Elle sera sur nos serveurs demain », «
Elle le sera dans un heure », «
Youpi ! Elle est enfin là, vous pouvez la télécharger »… Et la démarche est à peine amplifiée ici ! Dans le même registre de non-information, il y a aussi eu très récemment l’actualité qui annonce que «
des gens d’un studio de jeux vidéo travaillent sans doute sur un nouveau projet PS3 ». Non-information qui mérite d’ailleurs sa propre actualité sur Gamebe tant la démarche est irritable (cf.
cette actualité).
La question qui se pose alors est simple. Pourquoi se priver quand des hordes d’ados pre-pubères se jettent sur la moindre image, sont à l’affût de la moindre brève (même de quelques mots seulement), et sont heureux d’apprendre qu’il y aura peut-être une démo un jour du prochain jeu de leur série préférée ? Espérons juste que la presse online jeu vidéo tirera - à terme - le contenu informatif qu’elle propose au quotidien dans ses fils d’actualité vers le haut. Car le lectorat, dans sa plus grande majorité, semble lui se complaire à le lire. Faudra-t-il attendre que la rémunération des campagnes de publicité soit suffisante pour se priver de l'affichage de quelques pages supplémentaires ? Mystère…