
Dans la vie de testeur, il y a les chiffres et puis il y a les sensations. La majorité du temps, la meilleure façon d’illustrer notre travail est de le faire via des benchmarks représentés sous forme de tableaux ou de graphes que vous êtes nombreux à consulter, davantage que notre prose qui les entoure. Il s’agit là d’une manière objective de relater les performances d’un produit et qui reste valable pour 99% du matériel qui passe entre nos mains. Il y a cependant des produits qui méritent plus qu’une impression chiffrée et objective car il faut les utiliser au quotidien pour se rendre compte de leur intérêt. C’est un peu le cas d’un SSD ou Solid State Drive. Nous avons déjà testé de tels disques dans de précédents articles et nous nous sommes majoritairement bornés à des tests objectifs de performances : débit en lecture en écriture, performances de transfert théoriques, etc. Si cela donne une idée des performances brutes par rapport à un disque classique, nous sommes conscients néanmoins qu’il est difficile de juger de l’intérêt de posséder un tel disque ô combien coûteux. Lorsque nous avons reçu un disque SSD OCZ de 64 Go nous est alors venue l’idée de le tester différemment. Au-delà des traditionnels benchmarks que vous trouverez à la fin de cet article, nous avons en effet voulu utiliser ce disque un mois durant dans notre PC de travail afin de juger l’intérêt au quotidien d’utiliser un SSD en disque principal. Compte-rendu...
Présentation de la bête
Avant de rentrer en détail dans le vif du sujet, attardons-nous sur le disque qui nous a servi pour ce test. Il s'agit d'un disque SSD OCZ de 64 Go, le OCZSSD2-1S64G pour être précis. Il ne s'agit donc pas du peu performant SSD OCZ S-ATA 1 mais bien de la version S-ATA 2. Il pèse 77 grammes et se présente sous la forme d'un disque de 2.5 pouces qui pourra donc prendre place au sein d'un ordinateur portable mais que rien n'empêche d'être utilisé dans un PC de bureau, ce que nous avons fait. Il est garanti une année, ce qui est peu, et est annoncé avec un MTBF (Mean Time between failure, le temps qui s'écoule avant la première panne) de 2 millions d'heures, ce qui représente une utilisation continue de 83333 jours, soit 228 ans ! Un poil optimiste selon nous.
En décapsulant le boîtier, on découvre la simplicité de conception d'un SSD. Alors qu'un disque dur est composé de plateaux sur lesquels viennent gratter des têtes de lecture, un SSD se résumé à un PCB simpliste avec des puces, ici au nombre de 10. Huit de ces puces sont les puces NAND Flash servant au stockage des données. Il s'agit de puce de type SLC portant la référence Samsung K9NCG08U5M. Car ne vous leurrez pas, OCZ ne produit pas de SSD mais se contente, à l'instar d'autres marques comme G.Skill, d'apposer son logo sur un disque conçu et produit par la fabricant coréen. Pour revenir aux puces de stockage de ce SSD, elles sont de type SLC, ce qui signifie Single Layer Chip (puce à simple couche) par opposition aux MLC signifiant Multiple Layer Chip (puce à couches multiples). Les SLC sont plus rapides que les MLC car elles stockent 1 bit de données par cellule contre 2 pour les MLC. Cela réduit les états possibles (en gros, ils sont réduits à 0 et 1) et leur permet de réagir plus vite et de proposer des débits de lecture et d'écriture plus élevés que les puces MLC. Par voir de conséquence les puces MLC sont moins chères que les coûteuses SLC. Autre avantage des puces SLC : une durée de vie plus importante. On estime en général à 100.000 le nombre d'écritures possibles par cellule contre 10.000 pour une cellule d'une puce MLC.
La puce sur laquelle il est inscrit "ARM" est le contrôleur qui est aussi de marque Samsung et se présente sous la forme d'une SoC (System on a Chip) incluant un micro-processeur ARM. C'est lui qui va gérer les transferts de données entre les puces et l'interface Serial-ATA. Dernière puce : une puce mémoire nécessaire au bon fonctionnement du micro-contrôleur et offrant une capacité de 256 Mo. Cette "mémoire" va en quelque sorte agir comme le cache d'un disque dur classique. En bref, ce qui compose ce SSD a théoriquement tout ce qu'il faut pour que ça aille vite...
C’est quoi ce silence ?
Notre pc principal est loin d’être un PC qui se traîne. Voici sa configuration avant l’installation du SSD OCZ de 64 Go :
- Carte mère ABIT AW9D-Max chipset Intel 975
- Processeur Intel Core 2 Quad Q6600
- 2x1 Go de DDR2-800 Corsair
- Carte graphique GeForce 8800 GTX Asus
- Waterblock GPU Swiftech
- Waterblock CPU Zalman
- Zalman Reserator 2
- Boîtier Antec P182 SE « Mirror Edition »
- Alimentation Zalman 460 watts
- Disque dur de démarrage : Western Digital Raptor 74 Go
- Autres disques durs : Samsung 250 Go, Hitachi 160 Go, Samsung 500 Go
Nous avons simplement remplacé le Raptor par le SSD OCZ sur lequel nous avons installé Windows et réinstallé tous nos programmes et nos données. La première impression à l’usage, au-delà de la sensation de rapidité sur laquelle nous reviendrons, est qu’il manque quelque chose. Oui, il y a quelque chose qui ne va pas, un truc qui cloche quand on lance une application. On cherche un peu, on réfléchit et on se dit : bon sang mais c’est bien-sûr. Où est passé le grattage du Raptor à chaque lancement d’applications auquel nous nous étions habitués malgré son bruit plutôt présent ? Il a tout simplement disparu. Les logiciels se lancent dans un silence au départ perturbant mais rapidement confortable, limite jubilatoire.
Quel bonheur de supprimer le dernier bruit émanant de son PC car comme vous l’aurez remarqué, notre configuration est clairement orientée « silence ». Il ne reste plus qu’à remplacer nos 910 Go de disques mécaniques par des disques SSD pour avoir le silence total. En effet, il reste le léger souffle de ces disques de données qui reste plus que supportable et qu’on oublie vite grâce à la continuité de cette nuisance sonore, au contraire du grattement du Raptor qui n’intervient que de temps en temps et de manière peu discrète. Mais là, la facture commencerait à devenir lourde et nous préférons bien évidemment garder ces bons vieux disques pour le stockage de nos données.
Une rapidité à laquelle on s’habitue vite…
Autre sensation perceptible avec un SSD, la rapidité de réaction et la vitesse à laquelle se lancent les applications et les jeux. Si le temps que met Windows à se lancer nous semble rester important avec le SSD, ce qui change radicalement est la façon de réagir du PC. Si le logo de Windows reste plus ou moins le même intervalle de temps, le temps que met le système d'exploitation à finir de charger toues les applications périphériques une fois sous le bureau est nettement raccourci. Nous voulons parler des applications comme les anti-virus, Windows Live et autres logiciels résidents dans le system tray. Fini aussi les temps d’attente quand on clique sur l’icône d’une application. Elle se lance directement et s’affiche avec une rapidité déconcertante. Il n’y a plus de « lags » ou de moments où on a l’impression qu’il faut attendre que le disque dur se réveille. Toute sollicitation du disque résulte en une réaction instantanée. Le temps de chargement des logiciels est également fortement raccourci. Le plus bel exemple est le lancement du gourmand logiciel Adobe Photoshop CS3. Même avec le Raptor, le lancement nous semblait interminable avant de pouvoir commencer à travailler. Avec le SSD OCZ, le temps de chargement est incroyablement court et à chaque utilisation, c’est un véritable bonheur. C’est d’ailleurs une des rares applications que nous utilisons qui nous rappelle que nous utilisons un SSD.
En effet, comme avec tout, on s’habitue rapidement à ce luxe qu’offre le SSD en matière de performances. C’est un peu comme passer d’une voiture de 100 chevaux à une de 200 chevaux. On s’habitue vite à la puissance et on en veut toujours plus. Il n’y a que lorsque l’on repasse à la voiture moins puissante que l’on réalise les performances de celle de 200 chevaux. Avec le SSD, c’est pareil. Il n’y a que lorsque nous sommes repassés sur le Raptor en disque principal que nous avons réalisé les bienfaits du disque flash. Nous avons en effet trouvé notre Raptor extrêmement lent, bruyant et peu réactif. En gros, pour singer une publicité célèbre dont les plus anciens se rappelleront, on peut résumer la situation comme suit : « Mr Charpentier, échangeriez-vous votre SSD OCZ 64 Go contre deux Raptor 74 Go ? ». Clairement non, il n’en est pas question. Quand on voit les benchmarks des SSD, on se dit que ça doit être pas mal d’avoir des débits si élevés mais que dans le même temps, on copie rarement des fichiers, du moins pas assez souvent que pour justifier l’achat d’un composant aussi coûteux. C’est un peu vite oublier ce que nous venons d’exposer, à savoir cette absence de temps d’attente, cette réactivité du PC dès la moindre sollicitation.
Calmons nos ardeurs…
Mais nous ne faisons pas non plus une confiance aveugle au SSD. Certains mettent en avant une plus grande fiabilité de ce type de disques en l’absence d’éléments mécaniques par rapport à un disque classique. Si ce fait est indéniable, c’est un peu vite oublier que les causes de pannes d’un disque dur ne viennent pas que d’une défaillance des plateaux et de la tête de lecture. Le contrôleur peut en effet devenir récalcitrant et dans ce cas, les données seront autant difficiles à récupérer que sur un disque dur. Nous convaincrons les sceptiques en évoquant le cas de clés USB qui du jour au lendemain ne sont plus reconnues par Windows et rendent leur contenu irrécupérable alors qu’il s’agit là aussi de produits dépourvus d’éléments mécaniques supposés être plus fiables. Bref, ne lésinez jamais sur les sauvegardes de vos données, on n’est jamais trop prudent. Là où le SSD marque un point, c'est sur sa meilleure capacité à encaisser les chocs. Dans un ordinateur portable, cela peut s'avérer utile, dans un PC un peu moins sauf si vous l'emmenez en LAN.
Performances brutes du disque OCZ
Chose promise, chose dûe, voici les débits du disque OCZ sous HDTune Pro.
Performances en lecture et en écriture du disque OCZIl ne s'agit pas du SSD le plus performant qui soit en lecture puisque le
SSD Crucial de 32 Go testé récemment offrait près de 117 Mo/s contre un peu plus de 90 ici pour ce SSD de... 64 Go. Car comme nous l'avions évoqué lors de notre test, la version de 64 Go du SSD Crucial annonçait elle aussi des débits en baisse. Là où le SSD OCZ se rattrape, c'est en écriture où il atomise le Crucial : 49.7 Mo/s pour ce dernier et 74.3 Mo/s pour l'OCZ. Bref, le SSD OCZ offre des performances plus homogènes même s'il n'est pas le plus performant du marché.
Conclusion

Si lors de nos tests, nous tentons toujours d’être le plus proche possible de la position qui est la vôtre, à savoir celle du consommateur, il nous manque bien souvent un paramètre difficilement réalisable : celui de la durée de l’utilisation. C’est ce que nous avons voulu faire avec ce SSD OCZ 64 Go afin de réellement juger de l’utilité de pareille unité de stockage dans un PC de bureau. Et le verdict est sans appel : c’est du bonheur, rien que du bonheur d’utiliser au quotidien un SSD. Rapide, réactif, silencieux, chauffant peu, les atouts de ce type de disques ne manquent pas. Bref, foncez. « Oui mais le prix ? ». Ah, euh, oui, le prix. En effet, un tel disque n’est pas donné puisqu’
il se négocie autour de 1000 euros. Mais vous n’avez pas forcément besoin d’une capacité de 64 Go pour un disque principal qui va contenir vos programmes et votre système d’exploitation, sauf si vous êtes joueur évidemment. Dans pareil cas,
la facture se réduira de moitié, ce qui reste bien évidemment cher. Le luxe ça se paie sauf qu’ici on parle d’un produit de luxe utile et non destiné à épater la galerie…