
Suite à ce qui a été dit à la page précédente, faut-il pour autant jeter le multi-core à la poubelle ? Non, certainement pas, car le multi-core présente de nombreux avantages. D'une part, si YOUM est un très bon exemple de programme ne profitant absolument pas d'une telle technologie, un grand nombre de programmes en bénéficieront. Les gains les plus sensibles seront ressentis sur des applications serveur de type base de données, par exemple, mais aussi sur les outils de compression vidéo ou encore de création 3D. Dans une moindre mesure, les jeux pourront également profiter de plusieurs cores au sein d'un même microprocesseur. Cependant, le marché du jeu vidéo est particulier car il impose souvent des dates de sortie, ne laissant pas toujours le temps aux développeurs d'optimiser leur code pour des CPU bi-core. L'avenir dira si les éditeurs changeront de politique afin de permettre aux développeurs de faire leur travail au mieux, ou non. Combiné aux technologies de multi-threading, le multi-core permet de gérer un nombre de threads de plus en plus élevé, il s'agira donc pour les programmeurs de savoir profiter de telles ressources, ce qui est parfois loin d'être simple. D'autre part, passer d'un CPU quelconque classique à un même CPU bi-core permet d'augmenter les performances de manière assez significative (selon les applications) sans changer fondamentalement l'architecture du core. Cela permet d'économiser en coûts de recherche et développement, tout en offrant un gain appréciable. Cependant, si la finesse de gravure n'est pas améliorée, la surface du die est multipliée par deux, les yields chutent rapidement (cf. le graphique des yields) et le nombre maximum de dies produits par wafer est divisé par deux. Les coûts de production augmentent donc beaucoup. C'est la raison pour laquelle AMD a attendu le procédé de gravure en 90 nm pour produire les premiers samples d'Opteron bi-core, et c'est aussi la raison pour laquelle Intel ne prévoit pas de Pentium 4 (Extreme Edition ?) bi-core (nom de code Smithfield) en 90 nm, mais en 65 nm. Certaines sources parlent cependant de 90 nm. Le Prescott, lui-même gravé en 90 nm, ayant une consommation assez élevée, on comprend aisément ce choix de la part de la firme de Santa Clara.
On le comprend car deux cores consomment plus qu'un, cela tombe sous le sens. Néanmoins, si l'on considère un CPU haut de gamme à un seul core, cadencé à x GHz, alors il y a de fortes chances pour qu'un CPU bi-core de même architecture, cadencé à 0,8x GHz dégage moins de chaleur qu'un CPU simple core cadencé à 1,2x GHz. En d'autres termes, le dégagement thermique est plus faible et plus facile à gérer sur un processeur bi-core cadencé à une fréquence modérée que sur un même processeur simple core et cadencéà une fréquence très élevée. De plus, la surface du die étant deux fois plus grande sur un processeur bi-core, le transfert de chaleur au dissipateur est plus efficace, donc le processeur dans sa globalité chauffe moins. Il s'agit d'une des raisons d'être des AMD Opteron bi-core (le quadricore étant prévu pour 2007), des Intel Pentium 4 "Smithfield", et plus encore des Intel Pentium-M Yonah. Ces derniers étant destinés au marché mobile, ils doivent ne dégager que très peu de chaleur, tout en consommant le moins possible.
Présentant des avantages en terme de performances, de consommation électrique et de dissipation thermique, les technologies multi-core semblent donc avoir beaucoup d'atouts en main pour pouvoir s'imposer. Cependant, les problèmes de fabrication et la relativité aux applications de leur intérêt pourraient freiner leur implantation sur le marché, dans une mesure qu'il est fort difficile d'évaluer pour l'heure. Quoiqu'il en soit, dans quelques années, tous les processeurs pour ordinateur de bureau, à l'exception peut-être des Celeron et Sempron, seront multi-core. Vraisemblablement, les performances brutes sur un seul thread devraient garder leur importance primordiale sur le marché desktop. En conséquence, il est peu probable qu'AMD et Intel choisissent une voie semblable à celle du Niagara de Sun. Par contre, il pourrait bien en être tout autrement sur le marché serveur, et AMD a depuis peu, comme Intel, les moyens de développer plusieurs architectures en même temps. On peut donc supposer l'apparition à plus ou moins long terme d'une gamme pour serveurs à architecture optimisée TLP, chez AMD comme chez Intel. Mais il ne s'agit que d'une possibilité.
Pour l'heure, il est bien difficile de dire si les CPU bi-core qui verront le jour en 2005 et 2006 seront intéressants pour les particuliers, mais il semble bien que pour les joueurs, la réponse soit (du moins dans un premier temps) négative. Pour ceux qui utilisent des programmes plus variés, y compris des outils de compression audio/vidéo, d'archivage, de création 3D, la réponse pourrait bien être affirmative...