
Il y a peu, lors de la sortie du Penryn, Intel nous rappelait que la loi de Moore était toujours d’actualité. Pour AMD, il faudrait trouver une autre loi pour illustrer l’évolution de leurs produits. Car si la loi de Moore est axée vers le « toujours plus », la loi qui siérait bien à AMD serait celle du « toujours moins ». Tout a commencé avec le passage au socket AM2 et le support de la DDR2 qui s’est révélé catastrophique en termes de performances. Sont ensuite arrivés les Athlon « Brisbane » gravés en 65 nanomètres dotés de seulement 2x512 Ko de cache et là aussi moins performants que leurs équivalents gravés en 90 nanomètres.
Avec les Phenom, AMD étonne mais dans le mauvais sens du terme. Les performances sont peu convaincantes, pour ne pas dire désastreuses dans certains cas. Certes, en regardant l'Athlon 64 X2 4400+ cadencé à la même fréquence que le Phenom 9600, on ne peut nier qu'il y a progrès et heureusement quelque part. Cependant, les résultats du Phenom mettent aussi en exergue la réussite de l'architecture Core d'Intel qui décidémment a bien maîtrisé son sujet après le flop de l'ère Prescott et des Pentium D. En outre, les fréquences de fonctionnement de ces premiers Phenom sont extrêmement basses et incapables d’apporter un minimum de concurrence face à l'offre quad core Intel. Il semblerait donc que le procédé de fabrication en 65 nanomètres du fondeur ne soit pas des plus parfaits puisque pour rappel les Athlon 64 Brisbane X2 ne sont jamais allés au-delà de 2.6 GHz. Pire, les derniers processeurs haut de gamme de l'architecture K8 sont sortis en 90 nanomètres avec le 6400+ cadencé à 3.2 Ghz.
Conséquence directe de cette contre-performance, AMD est obligé comme ATI de sortir des processeurs se positionnant en milieu de gamme. Les Phenom 9600 et 9500 sont en effet annoncés à 283 et 259 dollars, ce qui les place au niveau d'un Q6600. Malheuresement pour AMD, les Phenom sont derrière le Q6600 en termes de performances. Le retard est modéré dans les applications profitant de quatre cores mais s'agrandit dans les applications monothread. Bref, si les applications ayant besoin de plus de deux cores ne sont pas votre quotidien, un bon Core 2 Duo moins cher sera préférable tant le Phenom a montré des limitations en application monothread et également dans les jeu.
Autre problème avec ce Phénom : la plateforme. Si le socket AM2 est compatible avec le Phenom, ce ne sera pas le cas de toutes les cartes mères et quand ce sera le cas, il faudra tenir compte de certaines limitations à attribuer au socket AM2. Pour profiter pleinement du Phenom, un socket AM2+ est conseillé, ce qui implique d’acheter une nouvelle carte mère. Or, les prix annoncés pour les cartes mères basées sur les nouveaux chipsets AMD sont plutôt coquets avec en point d’orgue des cartes mères haut de gamme plus chères que le processeur. Il y a là comme un malaise. Si on ajoute à cela des problèmes de stabilité, des réglages récalcitrants au niveau de la mémoire, on peut se dire que tout cela ne semble pas encore très au point. En étant optimiste, on se dira que cela pourra aller qu'en s'améliorant. Certes mais il n'est pas certain que le gain sera suffisant pour rattraper Intel.
On ne peut nier que le Phenom constitue une réelle déception
Quand on apprend que les plans d’AMD pour la fin de l’année et le premier trimestre 2008 sont un Phenom 9900 cadencé à 2.6 GHz et l’arrivée du Phenom 9700 à 2.4 GHz (initialement prévu en même temps que les 9600 et 9500), on commence à s’interroger sur la capacité d’AMD de monter haut en fréquence avec son architecture K10. Pire, AMD parle déjà d’une version Black Edition du 9600 avec toujours 2.3 GHz et un coefficient multiplicateur débloqué. Pour rappel, AMD avait lancé des versions Black Edition de ces processeurs dual core histoire d’occuper un peu le terrain avec de la pseudo nouveauté. Le 6400+ 3.2 GHz Black Edition fut l’un deux avec un coefficient débloqué à la hausse et livré sans ventirad dans une boite noire. Nous avons à ce sujet une proposition pour le service marketing d’AMD : sortir un Phenom White Edition avec dans la belle boite blanche un ventirad mais pas de processeur histoire de laisser le choix au consommateur du processeur plutôt que l’inverse. Et pour bien faire, le ventirad devrait être compatible LGA775.
Si nous préférons en rire, il faut cependant prendre conscience d’une situation plutôt dramatique pour AMD. Un très grand nombre d’ingénieurs ont quitté le navire depuis le rachat d’ATI et certaines mauvaises langues diront qu’il ne reste plus que des gens du marketing chez le fondeur. Ce qui est clair, c’est que vu le niveau des Phenom, AMD n’a pas d’autre choix que de se battre sur les prix comme il dut le faire face aux prix agressifs des Core 2 Duo. Mais combien de temps encore AMD va-t-il pouvoir tenir le coup financièrement ? Si vous pensez que c’est une bonne chose que d’avoir des processeurs à bas prix, c’est oublier un peu vite qu’Intel ne va pas voir d’un bon œil l’obligation de devoir brader ses processeurs plus performants. Ce qui risque plutôt d’arriver c’est la multiplication de processeurs « recyclés » à bas prix mais le maintien des processeurs avec de nouvelles technologies à des prix plus élevés. Ou encore, un ralentissement des évolutions d'Intel, ce qui s'est déjà vu par le passé.
Espérons vivement qu’AMD se reprenne même si nous commençons réellement à avoir de plus en plus de mal à y croire…