Il ne faut jamais jurer de rien, y compris en informatique. Voilà une phrase qui illustre à merveille les sorties de produits majeurs. C’est valable du côté des cartes graphiques avec ATI qui a eu le vent en poupe très longtemps après la sortie de la Radeon 9700 alors qu’actuellement les « rouges » sont distancés par les GeForce 8 de NVIDIA qui dominent le marché depuis un an en termes de performance. Du côté des processeurs, Intel faisait bonne figure du temps des Pentium 4 Northwood et leur fameux Hyper-Threading jusqu’à ce qu’AMD lance son Athlon 64 et son contrôleur mémoire intégré. Un peu plus tard, Intel lançait le Prescott qui fut synonyme de vaches maigres pour une longue période du côté de Santa Clara, toujours en termes de performance. En effet, commercialement parlant, ce ne fut pas si catastrophique.
Il fallut attendre l’été 2006 pour voir arriver le messie Core 2 Duo capable de faire oublier les pitoyables Pentium D qui furent une première tentative manquée dans le monde des processeurs multicore. De son côté AMD vécut un passage douloureux au socket AM2 apportant le support de la DDR2 puisque les performances étaient en baisse tandis que le passage au 65 nanomètres fit encore perdre quelques plumes aux Athlon 64 X2. Presqu’un an plus tard, le constat est grave pour AMD puisqu’en 2007, le haut de gamme n’a vu l’arrivée que du 6000+ et du 6400+, des énièmes processeurs tirant sur l’élastique de l’architecture K8 avec ce 6400+ cadencé à 3.2 GHz. Et c’est là qu’intervient la phrase « il ne faut jamais jurer de rien, y compris en informatique ». Car d’ici quelques semaines, nous aurons pu tester le très attendu Phenom et il faut avouer qu’à l’heure d’écrire ces lignes, nous sommes incapables de dire avec précision ce que vaudront ces processeurs par rapport aux actuels Athlon 64 et aux Core 2. Certes le Barcelona, la version serveur du Phenom, est sorti mais les tests dignes d'intérêts font cruellement défaut.

Le Penryn Yorkfield QX9650 est finalement bien emballé : 12 Mo de cache L2 qui le mettent logiquement devant le QX6850 et ses 8 Mo de cache L2. Dès lors la comparaison ne se fait pas à jeu égal, ne permettant pas de voir les réels apports du 45 nanomètres si ce n'est une baisse drastique de la consommation...Tout ceci pour finalement relativiser ce qu’est Penryn. S’il est indéniable que le Core 2 Extreme QX9650 est le processeur de bureau le plus performant qui soit en apportant un gain par rapport à la génération précédente et s’il est également irréfutable qu’Intel a clairement réussi son passage au procédé de fabrication en 45 nanomètres, il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit que d’un die-shrink évolué de l’architecture Core. Evolué parce qu’Intel a ajouté du cache L2 et un nouveau jeu d’instructions SSE4. Si le cache L2 supplémentaire fait du bien dans certaines applications, il en est certaines où il ne joue pas. Quant aux instructions SSE4, il faudra attendre que les développeurs sortent des applications capables d’en tirer profit, ce qui n’est pas encore vraiment le cas à l’heure actuelle.
Avec Penryn, Intel ne sort toujours pas de processeur quad-core natif puisque ce QX9650 n’est ici encore qu’un assemblage de deux processeurs dual core sur un même substrat de silicium. Et c’est là où nous voulons en venir, à savoir qu’au moment où AMD lance une nouvelle architecture qui propose des quad-core natifs (et qui comportera ce qu’Intel ne peut pas produire pour le moment : des tri-core natifs), Intel ne fait « que » transposer une architecture connue sur une finesse de gravure plus petite. C’est voulu par Intel qui préfère essuyer les plâtres d’un nouveau procédé de fabrication avec du connu que de devoir lancer une nouvelle architecture sur un nouveau procédé de fabrication, ce qui est bien évidemment plus risqué. Il faudra attendre fin 2008 pour voir arriver Nehalem, la prochaine architecture Intel. Mais nul ne peut dire aujourd’hui si ce sera une réussite ou pas et le passé nous a appris qu’il ne faut présager de rien. En bref, Intel a réussi le passage au 45 nanomètres mais le fondeur doit secrètement espérer que Phenom ne sera pas trop bon en attendant Nehalem.
Cependant, le fondeur a de la marge car Intel a réussi un sacré tour de force avec son QX9650 qui parvient à consommer 40% de moins que le QX6850 ! Oui 40%, vous avez bien lu. Inutile de dire que les valeurs de consommation que nous avons relevées nous ont littéralement bluffées. Plus ou moins liée à ce facteur est la capacité d’overclocking de ce Penryn qui est monté sans sourciller à 4 GHz tandis qu’en le poussant un peu, nous avons pu atteindre 4.33 GHz. Qui a dit que la course au MHz était finie ? Quoiqu’il en soit, la marge de manœuvre d’Intel semble bonne si jamais AMD revenait en force avec son Phenom. Ce que nous espérons vivement car il n’y a rien de mieux qu’une concurrence acharnée pour les consommateurs que nous sommes…