
Nous avons rencontré récemment Nicolas Frapard, responsable de la distribution EMEA chez Hitachi, histoire de faire le point sur l'avenir et le marché du stockage ainsi que sur les nouveautés à venir.
Pouvez-vous nous décrire votre rôle au sein d’Hitachi Europe Moyen Orient Afrique (EMEA) ? Je suis responsable de la distribution dans la zone EMEA (Europe Middle East Africa) qui regroupe toute l’Europe, le Moyen-Orient et aussi l’Afrique. Concrètement, je dirige dix personnes sur cette zone qui s’occupent des relations et de la gestion des commandes avec les revendeurs et les intégrateurs. Notre système de distribution est un peu particulier puisque ces personnes rabattent les clients sur les huit grossistes exclusifs qui gèrent la totalité des stocks pour la zone EMEA.
Quels sont les volumes de ventes d’Hitachi dans votre secteur ? Hitachi détient 18 à 20% du marché des disques durs pour un volume mondial annuel de 400 millions d’unités ce qui représente environ 70 millions de disques durs Hitachi vendus par an.
Quelles sont les parts de marché que représentent les différents continents dont vous êtes en charge ? Le secteur EMEA regroupant l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique représente environ 20% du marché mondial. Les Amériques et le Canada représentent eux aussi 20% tandis que le plus gros marché reste celui regroupant l’Inde, l’Asie et le Pacifique avec près de 60% du volume total.
L’Afrique est-il un marché d’avenir au même titre que l’Inde, la Chine ou encore le Brésil ? Pas vraiment, les marchés considérés comme émergents sont ceux du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine bien sûr et aussi plus récemment celui du Moyen Orient. Cependant, certains pays d’Afrique génèrent de forts volumes de vente comme l’Afrique du Sud ou encore l’Egypte. En revanche, si le Maghreb dispose actuellement d’un faible volume de vente, sa croissance est très importante.
La vision du moyen orient reste floue pour les européens. Comment abordez-vous ce marché ? Est-il important ? Le marché du Moyen Orient est relativement important en particulier pour les Emirats Arabes et l’Arabie Saoudite. Le marché local est soutenu par les marchés des pays limitrophes qui gonflent les volumes de ventes de ces pays.
Hitachi a récemment lancé la gamme CinemaStar, une gamme de disques durs destinée aux ordinateurs de type HTPC ou Media Center. Si cette gamme peut intéresser les OEM pour l’intégration dans des platines de salon ou encore des ordinateurs de salon, elle ne devrait pas beaucoup interpeller le grand public qui préfère opter pour des disques durs performants ou encore des modèles alliant silence et performances comme les disques durs Samsung réputés dans ce domaine. Quel est votre objectif sur ce marché ? Notre objectif est clairement le marché des intégrateurs et plus particulièrement de l’électronique grand public qui représente désormais une part importante des ventes de disques durs. Les contraintes avec les disques durs CinemaStar sont différentes. Intégrés dans les Box fournies par les fournisseurs d’accès à Internet français, ces disques durs doivent être capables de tourner 24h/24, 7j/7 dans le silence et avec une température très faible puisque le refroidissement est inexistant. La correction d’erreur est ici aussi moins importante puisque lors de l’enregistrement d’une vidéo, il sera préférable de laisser une erreur concernant 2 ou 3 pixels plutôt que de couper la vidéo.
Aujourd’hui, seul Seagate propose un disque dur 3,5 pouces offrant une capacité de 750 Go. Comment vivez-vous ce retard technologique ? Allez-vous proposer un disque dur équivalent avant la fin de l’année ? Nous allons bientôt sortir un disque dur de 1 To et nous espérons bien être les premiers. Pour l’instant, ce disque dur est prévu pour le premier semestre 2007 mais évidemment le plus tôt possible sera le mieux. Nous avons une demande de la part du grand public mais aussi des professionnels qui attendent un successeur à l’Hitachi E7K500 de 500 Go.
Vous allez aussi proposer dès 2007, des disques durs hybrides pour portables. Avez-vous des chiffres sur les gains de performances et d’autonomie apportés par ces nouveaux modèles ? Combien de mémoire flash allez-vous intégrer au disque dur hybride ? Nous n’avons pour l’instant aucun chiffre sur les performances et le gain d’autonomie sur les ordinateurs portables. La mémoire embarquée sera a priori identique à celle proposée par Seagate à savoir 128 ou 256 Mo de mémoire flash.
En septembre, Hitachi annonçait un record de densité avec 345 Gbits/pouce². Quelques jours après, Seagate annonçait avoir atteint une densité de 421 Gbits/pouce². Pensez-vous que Seagate est le leader du marché au niveau technologique ? Nous comptons beaucoup sur notre modèle de 1 To pour réaffirmer notre leadership sur ce marché.
Bizarrement, le disque dur le plus avancé du marché est produit par Toshiba avec son modèle de 200 Go au format 2,5 pouces affichant une densité de 188 Gbits/pouce², un constructeur qui ne produit que des disques durs portables. Le marché des portables est-il important pour Hitachi ? Le marché des disques durs pour portables représentent environ 27% de la production d’Hitachi contre 60% pour le marché des disques durs 3,5 pouces. Si le marché des disques durs pour portables est encore inférieur à celui des desktops cela devrait s’inverser dans l’avenir grâce aux ventes d’ordinateurs portables mais aussi et surtout à tous les produits grand public qui offrent des volumes beaucoup plus important comme les consoles de jeux, les box des FAI (cf. question précédente), les applications industrielles de plus en plus nombreuses, l’intégration dans les voitures, etc… Le marché des disques durs pour portables devrait croître de 25% d’ici à 2010 contre seulement 14% pour les disques durs 3,5 pouces.
Comment avez-vous perçu le rachat de Maxtor par Seagate ? Pour l’instant, ce rachat est plutôt positif pour les ventes d’Hitachi. De nombreux constructeurs s'approvisionnant à la fois chez Seagate et Maxtor se tournent désormais vers d’autres fabricants pour ne pas être pieds et poings liés à un seul fournisseur. En revanche, suite à ce rachat, on a pu constater une guerre des prix sur le segment des disques durs pour récupérer les parts de marché laissées vacantes par Maxtor. Les prix sont aujourd'hui stabilisés. Pour l’avenir, tout dépendra de la stratégie de Seagate mais nous ne sous-estimons pas nos concurrents, bien au contraire.
Quels sont les autres produits vendus par Hitachi Global Storage ? Nous produisons des disques durs d’un pouce, de 1,8 pouces, de 2,5 pouces et de 3,5 pouces. Nous travaillons aussi sur un nouveau format entre celui d’un pouce et de 1,8 pouces qui pourrait donner naissance à un disque dur de 1,3 ou 1,4 pouces. Le disque dur d’un pouce étant trop concurrentiel avec la mémoire flash et les modèles de 1,8 pouces beaucoup trop gros pour être intégrés dans les téléphones, ce nouveau format pourrait être une bonne alternative en proposant à la fois une grande capacité de stockage et un prix compétitif. Hitachi travaille également avec les industriels pour répondre au mieux à leurs besoins. Par exemple, nous fournissons des disques durs de 2,5 pouces tournant à faible vitesse et disposant d’une très faible capacité de stockage conçus spécifiquement pour tourner 24h/24, 7j/7. Ils sont intégrés dans des robots ou des machines outils numériques.
Comment voyez-vous l’avenir du stockage avec l’explosion des échanges Peer-To-Peer, l’arrivée des vidéos HD beaucoup plus lourdes, etc. ? Les capacités de stockage vont augmenter de plus en plus rapidement avec l’arrivée de la technologie d’enregistrement perpendiculaire qui n’en est pour l’instant qu’à ses débuts. D’ici 2010, les disques durs de 2,5 pouces devraient atteindre des capacités de 750 Go, alors que dès 2016, on attendra les 25 To sur un disque dur 3,5 pouces grâce à des technologies associées à l’enregistrement perpendiculaire comme le Pattern Media ou encore le chauffage de la surface à l’aide d’un laser, une technologie qui n’est pas encore viable économiquement aujourd’hui.
Avec ses nouveaux systèmes d’échanges, les disques durs sont très sollicités presque autant que des disques durs pour serveurs avec de plus en plus souvent des machines qui tournent toute la journée. Est-ce que cela est pris en compte lors de la conception de nouveaux disques durs ? La fiabilité a-t-elle été améliorée pour faire face à ces nouveaux usages ? Les nouveaux disques durs disposent toujours d’une meilleure durée et d’une fiabilité accrue mais les disques durs grand public ne sont clairement pas destinés à tourner 24h/24 7j/7 pour cela il faut se tourner vers la gamme E7Kxx. Ces disques durs disposent d’un moteur spécifique dérivé de celui des modèles SAS tournant à 10 000 tpm, il est adapté à un usage intensif et surtout à des accès disque dur répétés.
Avec l’arrivée des disques à mémoire Flash, l’avenir du disque dur ne se destinerait pas uniquement à du stockage et non plus à héberger le système d’exploitation ? Les deux technologies sont parfaitement complémentaires et la mémoire flash permettra d'améliorer les temps d’accès et de soulager le disque dur et donc d’améliorer sa fiabilité. Ce sera le cas avec les disques durs hybrides embarquant de la mémoire flash par exemple.
Aujourd’hui, seul le constructeur Western Digital propose des disques durs grand public tournant à 10 000 tpm. Pourquoi ce constructeur n’a pas de concurrent sur ce segment ? Tout simplement car c’est un marché de niche destiné essentiellement aux joueurs. Pour la petite anecdote, le Raptor de Western Digital a été développé initialement pour les serveurs, le constructeur n’ayant pas de produit spécifique pour ce type d’application. Le disque dur n’ayant pas marché sur ce secteur, il a connu un succès relatif sur le marché grand public.
WD, Seagate et Maxtor proposent des disques durs externes, un marché en très forte croissance qui est même visé par une nouvelle taxe. Pourquoi ne proposez-vous pas de modèles externes ? Nous travaillons avec de nombreux intégrateurs sur ce marché comme Lacie, Archos et d’autres revendeurs locaux. Nous ne voulons pas rentrer en concurrence avec eux. En revanche, nous avons mis en place un système de « Co-Branding » avec nos partenaires qui permet de faire apparaitre le logo Hitachi sur les produits intégrant un disque dur de la marque de façon à habituer le consommateur à notre marque. Nous élaborons certains produits en partenariat avec les intégrateurs de manière à assurer une certaine qualité et surtout à garantir de bonnes conditions pour optimiser la fiabilité du disque dur.
Quel est pour vous la prochaine avancée majeure dans le domaine du stockage en termes d’interfaces ? L’arrivée du SATA III, la démocratisation de l’eSATA, le SAS pour le grand public ? Les interfaces ne vont pas beaucoup évoluer sachant que les fabricants viennent tout juste de basculer leurs disques durs en SATA II. De plus, cette nouvelle norme est loin d’être saturée et la mécanique des disques durs actuels ne permet pas d’exploiter pleinement la bande passante offerte par le SATA II (NDLR 3 Gbits/s soit environ 350 Mo/s). L’interface eSATA a, quant à elle, un avenir dans le monde du stockage externe puisqu’elle permet d’outrepasser les limites imposées par le FireWire et l’USB 2.0. Pour l’instant, il n’y a pas de nouvelles interfaces de prévues.
Si la capacité de stockage a augmenté sensiblement avec le temps, les performances des disques durs restent toujours proches des disques durs d’il y a 6 ans en ATA100. Pourquoi le domaine des disques durs est celui qui a le moins évolué par rapport aux autres composants ?
Comme dit précédemment, la technologie d’enregistrement perpendiculaire n’en est qu’à ses débuts et la progression devrait être très rapide dans les années à venir alors que de l’autre côté, les constructeurs ont tiré au maximum sur l’enregistrement longitudinal. C’est pour cela que les capacités n’ont que peu évolué ces dernières années. Le rythme devrait être plus soutenu d’ici à 2010.
Pour quand l’arrêt définitif de la production de disques durs PATA (IDE) est-il prévu ? Nous produirons des disques durs PATA jusqu’en 2007 après leur avenir est plus qu’incertain puisque la plupart de nos partenaires et de nos clients devraient abandonner cette interface courant 2007.
Le système de connecteur SATA semble relativement fragile à long terme. Hitachi a-t-il une solution pour pallier à ce problème ? Renforcer le connecteur ? Des problèmes ont été recensés au lancement du SATA avec un pas de blocage qui était très mal conçu et qui ne tenait plus au bout de quelques retraits. Depuis aucun problème n’a été constaté, du moins du côté d’Hitachi.
Merci beaucoup Nicolas.
Merci à vous.