CES : AMD dévoile son DTX

Guillaume Louel | 11/01/2007 | 02:29:13
Si l’on considère souvent Intel comme un fabricant de processeur, le fait est qu’ils sont responsables dans les coulisses de la plupart des normes qui régissent l’informatique. Parfois de manière plus ouverte que d’autre. Quand on parle des formats de boitiers par exemple, Intel avait proposé en 1995 le format ATX (Advanced Technology Extended). Il remplacera très rapidement le vieillissant AT d’IBM qui commençait sérieusement à montrer ses limites.

Fin 2004, Intel aura tenté d’imposer un nouveau format de boitier, le BTX. Outre la question de l’emplacement des vis ou de la taille des cartes mères, il demande un certain nombre de modifications assez drastiques. Des considérations thermiques entrant en jeu pour améliorer le refroidissement des composants comme le processeur ou la carte graphique. Avec des mesures comme l’inversion du placement de la carte mère dans une tour (elle est plaquée sur le flanc gauche et non le droit comme dans l’ATX) ce qui a pour conséquence de faire pointer le radiateur des cartes 3D vers le haut. Le BTX définit également de manière assez stricte le placement des composants sur la carte mère. Chipset, mémoire et socket, tout est régi précisément quand l’ATX laissait une marge de manœuvre très large.

Format BTX
Les trois formats BTX et l'emplacement défini pour les différents composants

Certains reprocheront à Intel de ne pas avoir suffisamment ouvert les yeux sur le reste de l’industrie avant de proposer le BTX. L’écart demandé entre l’emplacement du processeur et de la mémoire pose par exemple problème pour réaliser des cartes mères à processeur AMD. Leur utilisation d’un contrôleur mémoire intégré change quelque peu les contraintes de routage des pistes. De quoi refroidir les constructeurs de cartes mères et le reste de l’industrie. Résultat, si le BTX est utilisé par des OEMs comme Dell ou Hewlett Packard, il reste globalement un échec. Intel décidera même en septembre 2006 de supprimer ses cartes mères BTX de sa roadmap 2007.

CeBit 2006 - Le BTX n'est pas mort...
Gigabyte était l'un des rares à présenter une
carte mère BTX lors du CeBit 2006

Sommes-nous condamnés à utiliser de l’ATX pour les 10 prochaines années ? Probablement pas, d’ailleurs un autre format de boitiers se propose à nous aujourd’hui, le DTX. La surprise vient de ses origines : il est soutenu par AMD. Le dernier d’une longue série de crimes de lèse majesté de la part du petit fabricant de processeur qui s’était déjà émancipé du « bus » Intel en reprenant l’architecture EV6 des DEC Alpha pour les cartes mères de ses K7 en 1999. Pire, AMD imposera avec son K8 une extension 64 bits au jeu d’instruction x86 (l’Intel Architecture 32). Intel adoptera l’extension sans en admettre la provenance sous le nom d’EM64T. L’architecture aura été renommée Intel64 en septembre dernier (à ne pas confondre avec IA-64, l’architecture des Itanium).

DTX2 (Small)
Ce prototype de DTX donne une idée de l'agencement interne que l'on est en droit d'attendre de ce genre de boitiers

Après le rachat d’ATI en 2006, ce mouvement de la part d’AMD n’a rien de surprenant : ils tentent petit à petit de sortir de leur rôle de fabricant de processeur pour tenter de devenir un contrepoids un peu plus sérieux et tenter de peser sur d’autres sujets. Difficile cependant de ne pas voir la symbolique du DTX qui appuie un peu sur l’un des echecs d’Intel. Mais trêve de blabla, qu’il y a-t-il dans cette nouvelle norme ?

DTX1
Un des "prototypes" mis en avant par AMD dans sa présentation du DTX

Tout part d’une constatation : les boitiers ATX sont trop gros et trop bruyants. De l’espace perdu, un encombrement trop élevé qui ne correspond pas à l’usage bureautique qui en est fait dans le cadre de l’entreprise. C’est de là que part l’idée du DTX : proposer des boitiers plus petits et plus en phase avec la « demande », qu’elle vienne des entreprises ou des consommateurs. AMD reprend à son compte le concept des Small Form Factor que personne n’avait vraiment réussi à standardiser jusque là. Un marché pour lequel on prédit l’explosion tous les ans, et qui déçoit tous les ans par ses ventes. AMD présente cependant fièrement une étude d’IDC qui prédit une baisse d’affection des mini tours au profit des SFF à compter de 2008.

DTX1
Les prédictions d'IDC nous semblent, en l'étât, optimistes

Pour mettre toutes les chances de son côté, AMD pose le DTX comme un standard défini de manière unilatérale par AMD, mais ouvert gratuitement dans son exploitation au reste de l’industrie. Autre pique au BTX, le DTX est une spécification purement mécanique. En clair, elle ne prévoit que l’emplacement des vis et des zones à dégager. La flexibilité offerte sur le long terme est donc assez élevée. Mieux, elle vient compléter la norme ATX actuelle en la complétant par le bas.

DTX1
Une comparaison de l'ATX et du DTX : les deux formats sont complémentaires

Deux formats sont définis à commencer par le Full-DTX qui s’inspire fortement du Micro ATX : il en réduit la hauteur à seulement 20 cm (pour une largeur de 24,4 cm). Il laisse apparaitre deux slots d’extensions. La caractéristique la plus importante reste la compatibilité ascendante : on pourra placer une carte mère DTX dans un châssis ATX ou Micro-ATX.

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Le format Full-DTX comparé à une carte mère Micro-ATX

La norme Mini-DTX garde pour elle la hauteur de 20 cm en réduisant drastiquement la largeur de la carte mère à seulement 17 centimètres, AMD évoque un usage avec des processeurs basse consommation par exemple. Des solutions intermédiaires aux Mini-ITX (17 par 17 cm) et Nano-ITX (12 par 12 cm) définies par VIA par ses plateformes EPIA. La documentation fournie par AMD évoque clairement ces formats et la nécessité de proposer une compatibilité Mini-ITX au travers des boitiers DTX.

DTX2 (Small)
Le format Mini-DTX comparé à une carte mère Micro-ATX

Alors quel avenir pour le DTX ? Autant dire qu’AMD a mis toutes les armes de son côté. Compatibilité avec les boitiers existants, format ouvert et purement mécanique. Plus on y regarde de près et plus l’on se dit qu’il ne peut qu’être accepté par le reste de l’industrie en recherche de standardisation à moindre coût. DTX est tout sauf une révolution, on pourrait même qualifier la spécification de consensuelle. La manœuvre idéale pour effacer l’image du suiveur…